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Un singe en hiver

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Comment j'ai failli avoir une assiette dorée derrière la tête 08 oct 2007 @ 13:45
Je suis né un vingt-six décembre. Voilà à peu près comment ça s'est passé. Il était environ 5h du matin, ma mère avait accouché deux heures auparavant, elle se reposait dans son lit. Elle m'avait mis dans mon berceau, mais je ne dormais pas. C'était mes premières heures de monde, alors pensez. La maison était calme. Puis il y a eu du bruit dehors.
Trois personnages étaient là, à quelques pas de ma nouvelle maison, je les voyais par la fenêtre. Ils étaient tous habillés dans des robes extravagantes, brodées à l'or fin, en velours, soie ou satin, comme des aristocrates. Sauf que leurs vêtements étaient froissés et qu'ils étaient mal fagotés. L'un d'eux était noir, l'autre arabe, le dernier asiatique. Ils avaient tous leur coiffe de travers et la barbe en bataille, sauf l'asiatique. Le noir s'est appuyé contre le mur, et il a vomi. Ensuite il s'est relevé et a dit :
- Putain Melchior, je m'y ferais jamais à ton sortilège de transport. Il me file la gerbe.
- Tu es sûr que c'est pas le vin de palme ?
- Écoute, je sais de quoi je parle, c'est moi qui le fabrique ce vin, non ?
- OK, te fâche pas Balthazar.
L'asiatique a sorti une flasque en argent de sous sa tunique et a dit :
- Une 'tite goutte avant d'attaquer les choses sérieuses les gars ?
- Fais tourner, a fait l'arabe.
- Uuurkkk, a fait le noir.
- Il passe.
- Bon, c'est quelle maison ?
- Balthazar a la main dessus.
- Allez on en finit et on va aux putes à Jérusalem, a fait ce dernier en lâchant le mur.

Ils sont entrés en foutant un bordel de tous les diables. Ils essayaient d'être silencieux et vaguement dignes, mais ils se cognaient aux meubles et ricanaient comme des jeunes pucelles. Ils ont fini par trouver la porte de la chambre.
- Bonsoir Madame, a fait l'asiatique.
- C'est le matin, crétin, a fait l'arabe.
- Oh. Bonjour, Madame, alors.
Puis il s'est mis à quatre pattes pour regarder dans le berceau. Sa sacoche est tombée de son épaule dans le mouvement. Il puait le vin, la sueur et le falafel. Ma mère était trop estomaquée pour répondre.
- Tiens, je le voyais pas blond, il a fait.
Ils se sont tous penchés pour me regarder. J'étais content de voir du monde. Comprenez, ça ne m'était jamais arrivé, alors même des ivrognes habillés comme des rois de pacotille me ravissaient. J'ai gazouillé.
- Ouais, il correspond pas tout à fait à la description. Ça doit être la lumière, a fait l'arabe.
Ils se sont relevés, sauf l'asiatique. Le noir s'est appuyé à une commode, il ne tenait pas bien debout.
- Dites, Madame, vous vous appelez bien Marie ? a demandé l'arabe à ma mère.
- Heu, c'est mon deuxième prénom.
- Et votre mari, il s'appelle bien Joseph ?
- Heu... C'est son deuxième prénom aussi.
- C'est peut-être le deuxième fils de Dieu, a fait le noir avant d'éclater d'un rire gras qu'il a terminé en toussant et en crachant par terre.
- De la dignité, Balthazar, a fait l'asiatique.
- Koff... Je le crois pas, c'est le mec à quatre pattes qui me dit ça.
- Bon, et il est où votre mari ? Parti chercher les animaux ? L'arabe essayait de garder le fil de la conversation.
- Mon mari ? Il n'est pas là. Ce n'était ni un bon mari ni un bon père, alors je lui ai demandé de partir.
L'arabe a pris un air contrarié.
- Ah, c'est emmerdant pour nous, ça. Bon, pour vous aussi dans le futur, tout ça. Mais pour ce qu'on a à faire, ça la fout mal, vraiment.
- Il est pas censé avoir une auréole ou un truc qui l'authentifie ? a repris l'asiatique en postillonnant sur ma figure.
- T'es con, toi, quand tu t'y mets, a fait l'arabe. Tu crois que c'est facile de vivre avec une assiette dorée derrière la tête ? Tu crois vraiment que les gens vont le prendre au sérieux ? Tiens, c'est le gars qui a sa lumière portative... Non vraiment, j'te jure, c'est pas facile de faire Sacré avec des gugusses pareil.
- Je suis sincèrement pas sûr qu'on soit avec le bon môme, a repris l'asiatique.
- Putain, du respect, Gaspard ! Bon Madame, est-ce que vous êtes toujours vierge ? Est-ce que vous avez reçu la visite d'un mec en armure complète avec des ailes dans le dos il y a, mettons... neuf-dix mois ?
- Parce que tu crois que c'est plus crédible qu'une auréole, ce que tu décris ?
- J'y peux rien, c'est ce qui était dit dans l'annonce. Alors, Madame ?
- Je ne comprends rien à ce que vous me dites, a répondu ma mère. Non, je ne suis pas vierge, sinon je n'aurais pas d'enfant, vous comprenez ?
Le noir a repris vie et a brandi son index :
- AH ! Je l'avais bien dit que c'était des foutaises cette immenculée concepchose.
- Balthazar, ta gueule, a fait l'arabe. Bon, aucun gars, plutôt beau gosse, qui se serait appelé Gabriel dans cette période, Madame ?
- Non, je ne crois pas.
- Qui vous aurait fait un baratin sur le fait de porter le fils de Dieu, genre ? Cherchez bien, c'est important.
- Non, non, je ne vois pas.
- Bon, on s'est gouré de maison.
- Héhéhéhéhé... a fait le noir en dodelinant de la tête.
- Je le savais qu'on aurait pas dû picoler avant de venir, a fait l'asiatique en se relevant tant bien que mal.
- Ouais ben c'est pas tous les jours qu'on se retrouve, les gars, avec toutes nos responsibila... reponsib... nos trucs de rois, a bredouillé le noir. Moi je pense que c'était largement mérité.
- On était pas obligé de passer trois jours à boire non plus, lui a répondu l'arabe. D'ailleurs quel jour on est ? Tu vas voir qu'on s'est même gourés de date.
- On est le vingt-six décembre, a fait ma mère.
L'arabe s'est pris la tête entre les mains :
- Et MEEEEEEERDEEEEE...
- Chiottes ! a fait l'asiatique. Faut vite retrouver le bon, sinon on va se faire soigner par les apôtres...
- Bah, ils falsifieront les documents. Ils font tous ça de toute façon. La genèse, par exemple...
- Qu'est-ce qu'on fait avec ce mioche ? a demandé le noir.
- On le laisse là et on s'en va.
L'asiatique paraissait embêté.
- On pourrait lui donner un peu de ce qu'on a amené ? En compensation pour madame.
- Tu rigoles, qu'est-ce que tu veux qu'il foute avec de la myrrhe, de l'encens et de l'or ? a demandé le noir en glissant un peu du meuble.
- Pour le reste je sais pas, mais l'or...
- Houla, attention, j'en ai pris une quantité ridicule, d'or, moi, a fait l'arabe. L'autre gonze, c'est une secte qu'il doit fonder, pas une guilde marchande...
- Ouais, c'est des symboles qu'il lui faut, pas des lingots, a confirmé le noir. De toute façon avec son bagout de bonimenteur, il pourra vendre la flotte au prix du picrate s'il a besoin de fric...
- Ben, on pourrait, chais pas... Putain, on est des magiciens après tout, on peut trouver un truc sympa pour s'excuser du dérangement.
- Heu...
- Depuis le sortilège de transport, j'suis à sec, moi.
- Bon, OK, voilà ce que je vais faire.
Il s'est mis à baragouiner dans une langue bizarre, a fait de mouvements avec les bras en essayant de tourner sur lui-même dans un rythme syncopé. Il s'y est repris à trois fois. À la fin, il a claqué dans les mains d'un air satisfait, mais rien ne s'est passé. C'était mon premier tour de magie, et celui-là m'a beaucoup fait rire. J'étais debout dans mon berceau. L'arabe s'est penché sur moi, m'a détaillé de haut en bas. Il a demandé à l'asiatique d'un air inquiet :
- Qu'est-ce que tu lui as fait, Gaspard ? Gaspard ? Je connais ton penchant pour les blagues que personne ne comprend.
- Mais non, je lui ai juste fait partager un peu de la lumière de l'Étoile.
- C'est quoi ce charabia de magicien ? Tu peux pas parler comme tout le monde, non ?
- Il aura toujours une bonne étoile, en gros.
- Une bonne étoile ?
- Il aura de la chance dans les moments pas importants de la vie, voilà ce que ça veut dire.
- Ah. C'est pas mal, ça. C'est gentil, attentionné. Complètement inutile, sinon.
- Oh ça va hein, monsieur "transportation". Moi aussi je peux faire de grand sortilèges qui en jettent ! Mais j'allais tout de même pas lui faire un truc qui change l'existence, ça se serait retourné contre moi, il serait venu me pourchasser plus tard, ou sa mère, ou...
- Oui, bon ça va, l'a coupé l'arabe. Bon, Madame, faut qu'on vous laisse. Ah, une dernière chose, vous devriez déménager rapidement, je crois qu'il va y avoir un problème avec les bébés dans les environs.
- Quoi ? Une épidémie ? Des encéphalites ? a demandé ma mère, anxieuse.
Le noir a répondu en riant :
- Ouais, une épidémie d'Hérodotites, HA HA HA !
- Écoutez pas cet ivrogne, madame, a fait l'arabe. Non, juste... je sais pas, allez voir ailleurs, un temps. Bon allez, pas le peine de nous montrer la porte, hein.
- Mes hommages, madame, a fait l'asiatique.
- Gaspard, oublie pas la myrrhe.
- Ah ouais, merde.
Il a ramassé sa sacoche à côté de mon berceau.
- Salut beau blond, il m'a lancé.

Et ils sont partis. Ma mère a effectivement déménagé peu de temps après, mais je n'ai jamais su pourquoi. L'un dans l'autre, ça commençait pas mal, cette histoire, là, la vie.

Locomotion cérébrale 08 juil 2007 @ 21:06
Je hais les bagnoles. Ce sale truc pollue, rend leurs utilisateurs agressifs, et force la main des urbanistes pour construire des villes saucissonnées de voies de circulation grises et plates. En plus, je suis totalement étranger au trémoussement enthousiaste qui saisit la plupart des mâles sous l'abdomen quand ils caressent un levier de vitesse. Et ne me parlez pas de leur mécanique complexe, assemblage boursouflé de métal et de caoutchouc qu'il faut constamment entretenir pire qu'une maîtresse folâtre. Donnez-moi un véhicule neuf et au bout d'un an il refusera de démarrer sans une ordonnance avec huit zéros d'un garagiste.

Donc moi, je prends les transports en commun. C'est simple d'utilisation, il suffit d'acheter tous les mois une carte à présenter à l'accorte chauffeur qui se chargera de forcer son passage dans la circulation. Quand vous en avez fini, vous descendez. Rien de plus simple. Pas de longues heures à passer à l'affût d'un improbable stationnement qui se trouvera forcément si loin de votre destination qu'il vous aurait été plus simple de venir à pied, pas de contravention récurrente parce que vous n'avez pas de diplôme d'agent de circulation pour déchiffrer la signalétique indiquant que cet emplacement aussi vide qu'attirant est en fait un piège grossier qui permet à la maréchaussée d'arrondir ses fins de mois.

Evidemment, il ne faut pas être agoraphobe, ni avoir la narine trop sensible. La promiscuité qui règne à bord de certains autobus n'est pas sans évoquer Buchenwald un jour de rafle, le distributeur gratuit de parfum en plus. Mais bon an, mal an il est assez facile d'éviter la fracture des métacarpes et le mal au coeur. La seule règle à respecter absolument est d'éviter d'emprunter les autobus vers 10, 11h du matin. C'est l'heure qui suit l'affluence des employés de bureau qui migrent vers leurs tampons encreurs en un joli ballet de faces bouffies par le sommeil et rayées de traces de drap.
C'est l'heure des vieux et des mères à roulettes. Bon, les vieux, ils ne sont pas méchants. Si vous vous tenez à l'écart des places assises tout ira bien. Vous pouvez même vous attirez des sympathies si vous évitez l'humiliation de l'écroulement récurrent à ceux qu'une mauvaise gestion de la gravité et de l'accélération envoie au tapis dans les virages. Non, les vieux, rien à dire : ils sont polis, respectent votre statut d'actif et ne mettent pas des tonnes d'eau de toilette bon marché.

Malheureusement le milieu de matinée est aussi le domaine des mères à poussettes. La mère n'entend pas transporter sa progéniture à pied ou à l'aide de ces porte-bébés aussi pratiques qu'inencombrants. Il faut parfois cinq bonnes minutes à la mère à poussette pour enfourner ou décharger son véhicule. La plupart du temps il faut l'aide d'un passager qu'elle se charge de vriller du regard jusqu'à ce qu'il accepte de se charger de la corvée. Parfois il en faut deux, car la mère est fluette et se reposera sans l'ombre d'une hésitation sur la bonne volonté de ses congénères pour lui permettre de se rendre chez son esthéticienne. Laquelle abandonnera la diplomatie au bout de deux heures de plaintes subies rapport au flotteur qui entoure une taille autrefois mince, et finira par jeter qu'un peu d'exercice, des salades et de la patience feront plus qu'un traitement anti-cellulite, perdant dans la même phrase une cliente et le risque d'une santé mentale dégradée. Car la mère pousse le fruit de ses entrailles bénies, et le monde entier lui doit l'admiration, le respect et le transport de sa poussette pour tous les sacrifices qu'elle a enduré pour mettre au monde cette version morveuse et bête à téter du plastique d'elle-même.

La taille des poussettes fait l'objet d'une espèce de compétition de la part des fabricants. Maintenant qu'ils ont acheté le concept "gros et lourd égale sécurité" aux fabricants d'automobiles, ils en font des tonnes. Les derniers modèles ont huit roues, des coques moulées en plastique et titane, et ressemblent à un croisement entre un buggy et un lit à baldaquin. Ils sont dotés d'amortisseurs et de plus d'espace de rangement que ma penderie. Quand ces mastodontes abordent un autobus, une tension propitiatoire traverse les rangs des passagers. Ils savent que la congestion va s'emparer de l'allée centrale. S'il y a déjà une poussette à bord, les moins aptes se dirigent vers les issues de secours. S'il y en a déjà deux, tout le monde sait que la désincarcération par les pompiers sera le seul moyen de descendre.

Non content de bloquer l'allée centrale comme un étron sec un intestin, la mère doit s'asseoir prés de son rejeton. Car le poids de ses responsabilités de génitrice dépasse forcément votre fatigue, fussiez-vous un vieillard cacochyme. La populace qui emprunte les transports en commun en milieu de matinée est bien rodée et un rapide calcul a lieu chez ceux qui ont l'infortune d'avoir un siège près du point d'arrêt de l'étron à roulette. Ils se regardent, calculent les distances, et le dégoût se peint un instant fugace sur la face du malheureux trop proche pour aussitôt se fondre en un masque de bienveillance à l'égard de la mère. Laquelle grâce à son instinct grégaire avait déjà fait ledit calcul et darde un regard bouillant vers l'infortuné, dans le cas impensable où il s'accrocherait à son siège.

Une fois assise, après de multiples tentative d'écrasement de pieds, la mère oublie où elle est. Elle n'est qu'Amour pour son enfant. N'espérez pas qu'elle vous dégage le passage temporairement. N'espérez pas qu'elle se déplace vers un coin du bus où sa poussette serait plus à son aise. N'espérez pas qu'elle se conduise autrement pour descendre du bus que pour y monter. N'espérez pas que la prochaine fois elle apprenne à son chouchou-chéri à marcher, même s'il parait en âge d'avoir des diplômes universitaires.

Elle est dans son bon droit. Elle incarne l'avenir - par procuration.

Je me tâte. Faut-il interdire les autobus aux poussettes, ou aux connes fécondes ?

Lipides au cornichon 20 juin 2007 @ 09:37
L'autre jour, c'est à dire à aucune date précise afin de signifier l'aspect intemporel de ce récit au moyen d'habiles procédés stylistiques - l'autre jour donc, je sortais d'une échoppe à l'heure du dîner. Ja laissais donc sur place les boutiquiers affairés à comptabiliser le surplus d'argent extorqué en échange de leur impossibilité de profiter d'une repas à l'heure agréable où les terrasses sont pleines de serveurs attentionnés et de clientes apprêtées. Sans estaminet précis en tête, je cheminais le nez au vent et les yeux sur les fesses des passantes quand mon regard vagabond repéra un emballage abandonné là par un sot souillon. Rouge avec un M doré, il ne laissait aucun doute quand à sa fonction première : faire de la publicité pour une chaîne d'établissements de restauration. Lesquels ont je vous l'accorde autant en commun avec un restaurant qu'un pétrolier crevant en mer du nord en a avec un voilier mouillant en mer du sud.

Cela provoqua immédiatement en moi l'envie de mastiquer les frites grasses au subtil arôme de sciure caractéristique de l'établissement, au goût si constant qu'il faudrait être bien naïf pour croire qu'il provient directement de tubercules amoureusement cultivées par un de ces paysans fiers de leur cultures et de leur cerveau reptilien surdéveloppé.
Fin observateur de la paresse humaine en connaisseur, j'en déduisit en deux connexions synaptiques qu'un établissement de la marque sus-suggérée se trouvait à proximité. En effet, celui qui n'est pas capable de traverser la rue pour trouver une poubelle publique ne va pas trimballer ses déchets sur cinq kilomètres. Je me trompais. L'établissement n'était pas dans mon champ visuel que j'avais pourtant habilement étendu à 360 degrés en deux pas rapides mais gracieux. Oui, il est possible de se retourner avec grâce. Bref, le sot souillait distant.

Mobilisant ma mémoire médiocre mais facilitée par l'arrangement quadrangulaire des voies de circulation, je me rappelais l'emplacement peu éloigné de ce qui était certainement l'émeteur dudit papier gras, que je laissais là par terre, blessé mais rayonnant de son travail de réclame bien rempli.
Arrivé dans l'établissement, je commandais avec largesse car mésestimais le contenu de mon tube digestif pourtant considérablement vidé par la pratique plus tôt dans la journée de mon sport favori, lequel consiste à courir après une balle en tâchant de la renvoyer à l'autre participant sans pourtant obtenir de su-sucre pour la peine, preuve de la supériorité de l'homme sur le chien. Je commandais trop à manger donc, peut-être distrait par le bellâtre comptoirisé à l'apparence gâchée par le filet qui lui retenait les cheveux, et qui faisait portant du gringue aux clientes qui posaient sur lui leurs yeux de morues nageant dans la graisse qu'il s'apprêtait à renouveler.
La réalisation du contenu exagéré de mon plateau de plastique marron ne vint que trop tard, évidemment. Ici, en parenthèse, j'aimerais lancer un appel à témoins visant l'inventeur du plateau en plastique marron afin qu'il fasse les frais d'un bon lynchage populaire comme les français en avaient le secret en 45 après les conseils donnés par les américains pour résorber les populations à problème ou noires. Cet objet seul failli me couper l'envie de consommer les amas de lipides au cornichon qu'il supportait. Fermons ici la parenthèse et le noeud coulant.

Bref, à la fin de mon repas il restait sur le plateau honni un article au poulet qui me narguait sous son emballage. Levant les yeux, j'avisais autour de moi une bonne demi-douzaine de personnes éparpillées aux tables, qui une seule barquette de frites taille enfant, qui un sandwich sans cornichons à la main, qui esquivaient mon regard de riche comme tout bon pauvre se doit de le faire s'il veut avoir la chance de percevoir l'aide sociale.
J'ai pensé à me lever pour annoncer à la cantonade qu'ayant commandé sans limite de fonds je connaissais encore une fois une satiété prématurée, et ce en dépit de la pratique oisive d'un sport pour combler mon temps libre de quasi-rentier n'ayant besoin que d'un seul travail pour vivre mieux que quatre d'entre eux, et que dans mon infinie bonté je leur faisait l'aumône de mes restes, mais intacts car j'avais de la considération pour leur dignité.

Allez savoir pourquoi, je n'en fis rien et vidais tout dans la poubelle, nourriture superfétatoire comprise, avec un léger pincement à l'occiput qui m'a poursuivi toute la soirée.

Ca m'apprendra à aller au McDo dans un quartier pauvre.

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